Radis_noirs

 

 

 

 

 

 

 

 Tout est sombre, tout est noir, tout est encombré et poussiéreux, partout ! Tout est désespérant.
Victor fait le Cerbère derrière son guichet, au milieu de monticules de papiers et de tas inutiles. Une dame remplit des formulaires assise à une table pour régulariser sa situation. Dans une pièce voisine, ils sont là à pérorer, à enfiler des perles comme de ridicules conspirateurs, à fomenter je ne sais quel complot contre lui. Tout est vain, tout n’est que vacuité. S’il se débarrassait d’eux pour toujours ? Il  leur règlerait leur compte à ces deux pédants adipeux et nocifs !
Il les jetterait dans cette grande malle qui gît parmi les vieilleries inutiles de la cave. Il anéantierait tout ce petit monde, il  ferait place nette ! Enfin, la délivrance.
Ne plus être rationnel, enfreindre les règles, casser les code, ébranler cette petite fourmilière savamment orchestrée.  Briser les habitudes bâties comme des principes immuables et immémoriaux, indestructibles, pratiquées comme une évidence. Pour qui ? Pour ceux que ça arrange ! Pour eux ?
Victor hait leurs certitudes, leurs pinailleries, leurs manies. Il veut tout faire voler en éclats, il ne veut plus leur servir la soupe. Il leur balance cette soupe bouillante dans leur gueule de  sales rats déconfits. Il est à bout de faire ce qu’on attend de lui, de se livrer à de petits rituels imbéciles montés sur ressort comme des coucous d’horlogerie. Assez de se conformer à des règles absurdes, de recevoir des leçons illogiques et insensées. Si Victor pouvait tout faire péter !   Il n’en peut plus des gestes mécaniques voulus par cette machine à broyer.

Le matin, allumer son ordinateur, consulter son courrier et y répondre, tel un robot. Aller se faire un café avec un automatisme effrayant pour lutter contre le sommeil et l’ennui qui ravage et  démollit tout. La journée n’est  ensuite qu’un long tunnel interminable.

Tiens,  ils arrivent, ils viennent à sa rencontre. Victor prend ses ciseaux et les plante dans la jugulaire de chacun d’eux ! C’est magnifique, ce spectale qui jaillit de la chair de leur cou, ce rouge qui éclabousse tout, qui recouvre tout..