dessin de chat à la craie, sur le sol

Juillet :
Dans la torpeur de l’été d’un  sud  éphémère et irréel, lumières et couleurs étincellent. C’est le moment de lire des choses vaguement divertissantes et anecdotiques. Parfois, j’observe  mon chat qui  s’enfonce lentement dans les replis du canapé.  Au gré du vent souple et léger, je regarde à travers les persiennes, les feuilles des arbres se balancer doucement. Je suis plongée dans un roman qui me rappelle des souvenirs d’été chez mes grands parents dans un petit village de Beauce. Je revois les volets clos de leur maison pour garder la fraîcheur, le moment idéal pour faire la sieste et se reposer un peu. Ce livre semble décrire des périodes de mon enfance, cela me remue, indiciblement. Le temps s’arrête,  je n’en ai plus la notion. La chaleur de l’été écrase tout, le passé, le  futur. Comme dans un rêve, je ne saurais dire si je suis dans l'instant présent. Le mémoire est ravivée, des bribes de vie passée me reviennent au coeur.

Marques de mains de couleurs sur le bitume

Les mots filent, sortent de moi comme de mauvaises angoisses,  me vident de mes douleurs, ces mots posés me soulagent, ces phrases coulent spontanément, la sensation de me réapproprier ma vie, le temps de l’écriture. Je calme le bouillonnement, l’agitation de mes pensées,  je les fais entrer dans une toute petite boîte,  je les tasse comme du linge froissé dans cette petite boîte. Je m’apaise,  je me rafraîchis les idées. Pendant ce temps les cigales jouent un drôle d’air de tango au rythme changeant.

Septembre :
C’est étrange comme la beauté peut surgir de nulle part,  inattendue au bout des pieds. Elle peut aussi jaillir d'un  morceau de ciel. Le temps d’une embellie, les rayons d’un soleil éphémère et flamboyant  illuminent  les toits de Paris que j’aperçois depuis ma fenêtre. Les vitres de mon bureau deviennent la frontière entre une réalité terne et un monde de beauté  et de splendeur, qui invite à de belles échappées.

Parfois, je suis bien obligée de redescendre sur terre pour déjeuner ou aller à la supérette minuscule, toujours bondée le midi,  au coin de la rue. Un homme  aux allures de montagnard ou de baroudeur, je ne saurais le dire.... (portant anorak et pantalon ample à grandes poches) y  faisait le queue pour s’acheter un mauvais encas à base devsandwich œufs thon mayonnaise. J’imaginais qu’il avait dû faire une halte forcée dans la grande ville  hostile.  Un rendez-vous important sans doute l’avait contraint à s’arracher à  ses montagnes grandioses, à son air pur des altitudes et à  son vaste  horizon dégagé. La vie est cruelle, vieux rebelle. Tu te retrouves dans un endroit étriqué à attendre ton tour pour manger un médiocre repas de citadin pressé.

Luberron ron ron 066

Le temps d’une éclaircie, les rayons d’un soleil  bas et moins éclatant de fin d’après-midi éclairent les immeubles de mon quartier, m’offrant un dernier instant de poésie sur le chemin du retour, en attendant les prochaines rincées pénibles de ce mois de septembre.

Poisson dessinée à la craie sur le sol