Les Bavardages de Myrtille Taff

24 février 2018

Paulette Ardant, Hippo Depardieu : l'interview vérité

 

Hippo Depardieu, Paulette Ardant ; ustensiles de cuisine

interview :  Hippo Depardieu Paulette Ardant

 


21 février 2018

Ils sont passés où, Hippo et Paulette ?

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Ces oeuvres réalisées dans le Belvédère du Parc de Belleville (Paris 20e) sont de l'artiste Seth, qui j'espère ne m'en voudra pas trop !

Hippo et Paulette : série-web

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10 février 2018

Magie blanche

J'y vais aussi de mon episode neigeux. Quand la neigne nous tombe dessus sans  crier gare, ça mouille et ça lisse. Mais bon.... On ne dit pas non à un peu de  magie blanche dans nos vies après du gris déséspéremment gris  :-)

Allez, on envoie la neige, quand on est en manque d'inspiration (et d'expiration...)...c'est pratique?

Bois de Vincennes sous la neige

Bois de Vincennes sous la neige

Bois de Vincennes sous la neige

Bois de Vincennes sous la neige

Les trois photos ci-dessous sont de mon collaborateur anonyme brillant photographe et  brillant interprète de Hippo

Bois de Vincennes sous la neige @bavardagesMyrtilleTaff

Transsibérien ou presque...@Bavardages de MyrtilleTaff

Paris sous la neigne @BavardagesdeMyrtilleTaff

Street art, Paris la nuit

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29 janvier 2018

Tragédie du quotidien : cantine #4

Vitrine d'objets - Musée international des arts modestes - Hervé Di Rosa

Victorine et Eugène marchaient,  en regardant droit devant eux, la tête haute. Ils croyaient sentir un vent marin fouetter leur visage.  D’un pas décidé, ils traversèrent le bâtiment qui mènait à la cantine. Ils ne saluèrent personne, ne tinrent aucune porte qu’ils laissaient se rabattre derrière eux sans s’inquiéter des conséquences.  Il s répondirent à l’unisson, « Ouais, c’est ça, j’en parlerai à mon cheval » à la collègue qui leur hurlèrent « bonjour »  comme à son habitude. Ils firent une grimace à l’employé d’accueil affairé qui n’avait pourtant  rien demandé. Nos deux héros descendirent quelques marches pour rejoindre le réfectoire. L’adversité et la cantine les avaient réunis.  Ils s’étaient rapprochés petit à petit sans s’en rendre compte. Leur inaptitude au monde de l’entreprise  les avait soudés indiciblement. Ils ne savaient plus comment ils avaient enfin engagé  la conversation. En réalité,  si. Un midi, à la cantine, ils avaient été contraints  de s’asseoir  à  la même table en raison d’une grande affluence. Le tour était presque joué. iIs avaient pris le temps de faire connaissance. Ils prenaient parfois un café ensemble au bistrot du coin après le déjeuner. Ils réalisaient imperceptiblement qu'ils étaient sur la même longueur d’onde.  Leurs conversations  étaient un véritable dépaysement, un bord de mer radieux scintillant sous un soleil intense.
Ils étouffaient dans ce  monde de l’entreprise. Ils  rêvaient d’évasion, ils aspiraient  à quelque chose de palpitant et d’excitant. Leurs discussions enflammées s’étaient mues  en un plan d’action qui était devenu leur seul planche de salut. Ils voyaient  leur avenir comme un road movie bordé de paysages grandioses défilant devant leurs yeux.

Plus rien ne serait comme avant. Ils allaient mettre un bon coup de pied dans cette fourmillière  si bien huilée et verrouillée, si favorable aux forts en gueule et aux joueurs de coudes. Cette bande d’arrivistes aimait impressionner les sans grades privés de tchatche et d’aisance ? Tous deux allaient leur montrer leur façon de penser et leur imposer leurs propres règles. Ras le bol  de ne pas savoir qui saluer, de manœuvrer pour ne pas déjeuner avec des personnes imbuvables.
Victorine et Eugène se trouvaient devant la porte du réfectoire. Il n’était ni midi, ni midi 10, mais 13h, l’heure où ça battait son plein , où un monde inouï affluait à la cantine.  Le réfectoire était bondé à en donner le tournis. Les tables étaient quasiment toutes occupées. Un véritable cauchemar pour une personne seule qui n’aime pas ses collègues. Cela suppose de devoir leur demander si l'on peut s’asseoir à côté d’eux parce qu’il n’y a pas vraiment pas de place ailleurs. Subir une petite moue de la part d’une jeune employée blonde décolérée, qui  finit par approuver du bout de ses lèvres maculées  de gloss. Se taper les conversations sans intérêt de petites merdeuses fraîchement recrutées  qui  croient tout savoir de la vie. Manger le plus rapidement possible pour abréger ses souffrances et retourner  au bureau avec mal au ventre. Passer ensuite une après-midi pénible à subir une digestion difficile.
Victorine et Eugène  entrèrent dans le réfectoire. Le public habituel de 13 heures  essentiellement composé de cadres et de chefs s’agitait dans tous les sens. Tous deux se regardèrent un mauvais sourire aux lèvres. Ils n’avaient rien à  perdre, ils étaient deux solitudes unies contre un monde du travail  qui n’était pas fait pour eux. Non, ce n’était vraiment pas possible tout ce concentré de prétentieux qui parlaient pour ne rien dire, qui prenaient des airs supérieurs.  Victorine grimpa sur la seule table libre du réfectoire. Elle dégaîna un revolver en plastique choisi soigneusement pour qu’il fasse vrai. Eugène brandit le sien  et hurla  à tous : « Everybody be cool , this is a robbery! » Et Victorine de poursuivre,  en tenant son arme à bout de bras  : «Any of you fuckin' pricks move and I'll execute every motherfucking last one of you !! ”

Pulp Fiction opening scene and song

Comme deux idiots en mal d'action, ils  avaient toujours  rêvé de sortir ces répliques du film, « Pulp fiction » de Tarantino.
Leur plan ? Etre les maîtres du jeu, un bref instant. Foutre la trouille à tous ces gens  qu'ills ne supportaient plus. Les prendre par surprise, leur couper l’appétit ! C’était tellement jouissif de voir la stuoeur dans leurs yeux,  même si la chute pouvait être rude. Il ne fallait pas traîner : récupérer le maigre magot symbolique dans la caisse, exiger un ou deux portefeuilles pour la forme  et ...Courir vite !!!

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22 janvier 2018

Tragédie du quotidien : cantine #3

Affiche de film d'épouvante-Miam (musée international des arts modestes) Hervé Di R

 Ce matin là, Victorine travaillait sans relâche. La direction lui avait demandé d’augmenter la cadence et d’abattre le plus de travail possible dans les plus brefs délais. Cependant, ce n’était pas un jour comme les autres. L’autre personne ne travaillait pas ce matin là.  Elle se sentait plus légère de savoir que cette femme  grise et renfrognée n’était pas là et qu’elle ne propageait pas ses mauvaises ondes dans tout le service.  Il n’y avait qu’elle et sa collègue avec qui elle partageait le même bureau. Celle-ci particulièrement concentrée, comptabilisait  toutes sortes de choses complexes. Parfois, elle demandait  à Victorine si elle allait bien. Cette marque d’attention touchait Victorine.  Sa collègue commentait aussi le temps  qu’il faisait que toutes deux pouvaient observer  derrière leurs  grandes fenêtres

Victorine pensa soudainement qu’elles pourraient aller manger ensemble à la cantine sans danger. L’autre personne ne risquait pas de se joindre à elles puisqu’elle était absente. Elle ne savait pas cependant à quelle heure, elle devait arriver. Victorine avait déjà  réussi à déjeuner seule avec sa collègue. Elles avaient passé un bon moment. Sa collègue lui avait parlé du dernier film qu’elle avait vu, c’était un dessin animé, ce qui avait amusé Victorine.  Elle repensa aussi à ce  jour épouvantable où l’autre personne était venue manger avec elles, un vrai supplice. Elle s’était sentie piégée, comme un animal pris dans les phares d’une voiture.  Comme d’habitude, elle leur avait délivré sa bonne parole en les regardant  droit dans les yeux comme pour les hypnotiser. Elle avait aussi cette manie de sonder leur vie privée, de tenter d’en savoir  davantage sur leurs occupations en dehors du travail. Victorine éludait afin que cet être si peu soucieux des autres n’émette pas de jugement sur sa vie de femme libre. Tandis que l’autre personne  leur faisait un exposé sur les récentes découvertes en matière de paléontologie,  Victorine avait croisé le regard de d’Eugène  et l’avait salué par politesse. Il avait rougi. Eugène semblait toujours aussi intéressé par Victorine même s’ils ne s’étaient jamais vraiment adressée la parole. Ils ne faisaient que se regarder timidement.

Victorine regardait l’heure sur son ordinateur, de temps à autre, le moment d’aller à la cantine approchait. Elle comptait proposer à sa collègue d’aller déjeuner vers midi  10. L’autre personne ne serait sûrement pas encore arrivée. Victorine avait les yeux rivés sur son écran. L’heure fatidique sonna ou presque . Elle demanda à sa collègue si elle voulait bien manger avec elle. Sa collègue, lui répondit qu’elle n’avait pas très faim, qu’elle préférait  y aller vers 12h30, 13h. Le cœur de Victorine fit un bond dans sa poitrine. C’était  trop tard, l’autre personne avait tout le temps d’ arriver. Victorine, s’exclama en tentant de garder son calme : « Si on y  va aussi tard, il y aura plein de monde au réfectoire et on aura du mal à trouver de la place, sans compter que ce sera très bruyant  ». Sa collègue lui répondit que que Victorine pouvait y aller toute seule. Si  elle avait faim, il ne fallait pas l’attendre. Victorine poussa un soupir dû à une certaine impatience. Elle mangeait seule déjà la plupart du temps pour ne pas supporter l’autre personne. Victorine lui rétorqua :  « C’est dommage, c’est plus sympa d’y aller à deux, on peut  papoter, commenter les plats ». Elle conclut avec un sourire crispé « Après tout, l’appétit  vient en mangeant !  ». Sa collègue lui répondit  que ce n’était vraiment pas la peine d’insister.  Elle avait pris une bon petit déjeuner le matin et elle n’avait pas encore faim. Contrariée, Victorine s’emballa : « Mais je n’insiste pas, je trouve que c’est plus sympa de manger ensemble. Allez tu peux faire une effort quand même !!!  C a te coûte quoi, ? Tu peux prendre des plats plus légers, voilà tout ?

Victorine perdit tout sang froid et tout contrôle.  « Si tu veux pas déjeuner avec moi, faut  me le dire tout de suite ? Tu préfères manger avec l’autre personne, c’est ça ? Ca te plaît, ses grands discours à la con ? On a tout le temps l’impression que tu bois ses paroles. Pourtant, on se fait  tellement chier  avec elle !  je veux pas manger avec elle,  je veux pas lui parler !"  martela Victorine en tapant du poing sur son  bureau. « je la supporte déjà toute la journée,  je vais pas en plus me la gauffrer  à l’heure du repas ????!  J’en a vraiment rien à foutre de son charabia  !!  Toi ça te dérange pas les gens comme ça mauvais et aigris ? Toi tout te va de toute façon,  t’aimes tout le monde !! »  
Dans un mouvement de colère, Victorine balança par terre les nombreux livres entassés sur son bureau . Hors d'elle, elle se précipita vers sa collègue, l’attrapa par les revers de sa veste et la secoua frénétiquement :  « Tu vas venir manger avec moi  oui ou merde !!!   T’arrête de te foutre de moi ?  !  c’est comme ça et puis c’est tout ! ». Victorine lui hurlait au visage, les yeux exorbités.  «Je veux pas que l’autre connasse débarque à l’improviste  et nous oblige à bouffer avec elle  ! TU PEUX COMPRENDRE, CA  ??? ». Sa collègue la regarda  terrifiée . Quand elle la lâcha pour retourner à son bureau, Victorine tomba sur l’autre personne qui venait d’assister à la scène….
                                                                                                                             .....

« Victorine, il  n’est que midi dix mais j’ai un peu faim ça te dirait d’aller à la cantine ? » Sa collègue de bureau la sortit de ses rêveries.  Dans un grand sourire,  Victorine accepta.  Ce n’était pas toujours la peine d’imaginer le pire, pensa t-elle….En chemin pour le réfectoire,  Victorine croisa Eugène qui semblait déjà  en revenir.  Ils se saluèrent comprenant chacun dans le regard de l’autre que la cantine n’était vraiment pas ce qu’ils préféraient.

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15 janvier 2018

Tragédie du quotidien : cantine #2

Boîtes de conserve- Hervé Di Rosa-Musée international des arts modestes (Sète)

Au travail, Eugène était d’un tempérament taciturne et solitaire mais il s’astreignait parfois à fréquenter ses semblables. Il avait peur de sombrer comme son ami Victor  qui avait terminé en prison.  Il avait tué ses deux supérieurs hiérarchiques en leur plantant des coupes-papier dans la jugulaire . Il ne voyait personne excepté ses deux chefs qu’il avait pris en grippe.

Ce jour-là, Eugène décida d’aller manger à la cantine. Il appréhendait. Il devrait croiser un certain nombre de gens et leur adresser la parole même brièvement. Il sortit de son bureau et appela l’ascenseur.  Hélas, lorsqu'il ouvrit la porte de l'ascenseur, il se trouva nez à nez avec un homme petit et aux cheveux frisés, le visage criblé de tâches de rousseurs. Il le salua et regarda en l’air pour éviter son regard .Il essaya de se trouver une contenance, en feignant de réfléchir intensément. L’ascenseur fit un bruit curieux ce qu’il lui arrivait de temps à autre. Eugène qui ne put s’empêcher de tomber sur les tâches de rousseur qui recouvraient tout le visage du collègue, s’exclama d’un ton faussement enjoué, « Cet ascenseur fait vraiment des bruits bizarres ». L’homme lui répondit avec un petit sourire, histoire de dire quelque chose : « Oui, ce n’est pas très rassurant,  il nous jouera un mauvais tour , un jour… ».  L'ascenseur les mena sans encombres au rez-de-chaussée. 

Eugène devait traverser la rue puis un bâtiment pour rejoindre le réfectoire. Dans ce bâtiment, il croisa une ancienne collègue qu’il avait subie durant de nombreuses années. Elle devenait de plus en plus folle et parlait de plus en plus fort. Elle n’avait plus du tout de sourcils. Ils avaient disparu du jour au lendemain.  Il imaginait qu'elle les avait tous arraché dans un moment de rage. C’était curieux, parce qu’elle prenait toujours grand soin de son apparence. Elle hurlait sur les gens plus qu'elle ne les saluait pour se faire entendre à des kilomètres à la ronde. Quand elle le vit, elle ne dérogea pas à ses habitudes . Il lui répondit en marmonnant. Il passa, ensuite devant la borne de  l’employé d’accueil , très affairé  un casque sur les oreilles. Eugène ne savait jamais s’il devait lui dire, "bonjour" puisqu’il était trop occupé à répondre aux appels. Cette fois-ci , il se risqua  simplement à le saluer d’un signe de tête, un bon compromis pour ne pas paraître impoli. Il rejoignit ensuite le réfectoire. C’était pour lui une épreuve. Il ne savait jamais comment se comporter. Les relations humaines n’étaient vraiment pas son fort. Cette collègue qu’il ne connaissait pas et qui choisissait  ses couverts, devait-il la saluer ? Il l’ignora, c’était plus simple.  Il fallait qu’il se confronte au monde.  Il devait aussi prendre un repas chaud en plein mois de janvier. Le mois de janvier ne sert vraiment à rien, il y fait froid et gris, les gens se suicident, d’autres meurent de froid dans la rue. Ce mois manque totalement de magie. C’est un mois de gueule de bois et de désenchantement après les ripailles festives de fin d'année. Il fallait tenir bon cependant, Eugene se dirigea vers l’endroit où les cuisiniers distribuaient les plats chauds. Avant lui, un collègue attendait d'être servi. Il le connaissait un peu mais il ne lui avait plus parlé depuis des mois. Que fallait-il faire ? Quelle attitude adopter ? Feindre l’indifférence, donner l’impression qu'il  était occupé à toute autre chose ? Il se décida tout de même de lui dire, « Bonjour »  mais le son sorti de sa bouche était à peine audible. Le collègue le regarda puis tourna la tête comme si personne  ne lui avait adressé la parole. Eugène ravala sa honte  comme il put.

L’un des deux cuisiniers interpela Eugène joyeusement, « Bonjour, vous allez bien ? Vous avez passé une bonne matinée ? Qu’est-ce que ce sera pour le monsieur ? Je peux vous proposer toutes sortes de choses délicieuses.  Un peu de sauce avec ? ».  Cette bonne humeur inattendue réconforta Eugène. Il alla ensuite s’asseoir avec son plateau. Tous les employés mangeaient en groupe, il se sentait complexé d'être seul à une table. Cependant, quand il observait ses collègues un à un, il les trouvait tous idiots et sans intérêt. Certains riaient bêtement et vraiment trop fort, d’autres prenaient des airs inspirés comme s’ils sortaient de  la cuisse de Jupiter. A la table des informaticiens, il aperçut l’informaticienne qu’il trouvait jolie et qui lui semblait sympathique, il y a quelques années C’était avant d’avoir affaire à elle. Il avait assisté à l’une de ses formations et elle s’était révélée très peu pédagogue.  A présent, il ne la trouvait plus du tout jolie, comme quoi la beauté n’est pas tout dans la vie.  Un peu plus loin, Il reconnut Victorine qui mangeait avec ses deux collègues. Comment connaissait-il  son nom ? par déduction sans doute. Elle faisait partie d’un tout petit service qui ne que comptait que trois personnes. Victorine avait l’air au supplice. Une de ses deux collègues parlait de manière ininterrompue,  le regard un peu trop fixe, lui donnant des airs d’illuminée tandis que l’autre buvait ses paroles. Lorsqu’elle croisa le regard d’Eugène,  Victorine piqua un fard comme à son habitude. Elle hocha la tête pour lui dire bonjour.  

Ils  jouaient à ce petit jeu fatigant et stérile depuis un certain temps. Ils se croisaient, se regardaient avec des yeux de merlan frit, se murmuraient des « bonjour »  puis baissaient la tête tout honteux . Au début de cette relation quasiment muette, oui, il aurait  bien aimé l’aborder et il se demandait  comment faire.  Il en avait parlé  à la psy qu’il consultait à l’époque mais elle l’en avait dissuadé : « Si vous l’abordez et que vous vous prenez les pieds dans le tapis, ce sera gênant ensuite lorsque vous la recroiserez dans votre entreprise. Après tout, elle n’éprouve peut-être rien pour vous. Vous vous faites des idées ».  Il était devenu moins friand de ce petit jeu pour ne plus le devenir du tout. Victorine continuait à y jouer toute seule, ignorant qu’il n’était plus disponible pour ces petits échanges furtifs. Eugène n'avait pas envisagé que ce jeu pouvait être le fruit de son imagination. Il finit son repas et retourna  se refugier dans son bureau.

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09 janvier 2018

Tragédie du quotidien : cantine #1

Marches du métro (avec mots dessus)

 

Victorine travaille dans une pièce avec une collègue dont le bureau est situé juste en face d’elle. Sa collègue dont la tête dépasse à peine de son ordinateur fait des calculs savants. Elle murmure parfois, « Et je retiens deux, et quatre font six ». Victorine prend des livres  empilés sur un chariot installé près de son bureau. Elle passe en revue les ouvrages les un après les autres et effectue toutes sortes de vérifications sur son ordinateur. Sa collègue de temps en temps, lui propose avec un grand sourire des chocolats qu’elle a amené pour fêter la nouvelle année. Victorine se laisse tenter à chaque fois. Il faut dire qu’ils sont vraiment délicieux, sa collègue sait bien choisir les chocolats. Elle les a acheté dans une boulangerie près de chez elle.

Le temps passe. L’heure fatidique du déjeuner et d’aller à la cantine n'a jamais été aussi proche. Victorine est embarrassée, elle ne peut pas  à nouveau invoquer diverses raisons pour ne pas y aller : "J’ai un déjeuner à l’extérieur, je dois faire une course urgente,  je dois arroser les plantes d’une amie". Victorine ne veut pas manger avec la troisième personne du service, cette créature grise, ce nœud de haine et de ranceur. Elle craint que si elle propose à sa collègue qui aime tout le monde, même le mal incarné, d’aller à la cantine, que celle-ci demande à la troisième personne de se joindre à elles. Non ! Pas la troisième personne, qui vit dans une autre galaxie, qui accapare la parole lors du déjeuner et qui la délivre comme l’unique vérité sur terre.  Sans compter que la conversation avec elle tourne toujours à la réunion de service. Ca, ce n’est pas possible. Victorine a besoin de se changer les idées, de parler d’autre chose que de travail. Elle a toujours entendu dire qu’il faut savoir décompresser. Avec sa voisine de bureau, elles aiment bien parler de leur chat et du film qu’elles ont vu le week end précédent. Qui veut aller loin ménage sa monture. Victorine a toutes sortes d’expressions de la sorte dans sa réserve mentale.
Cette fois-ci,  c'est l'heure. Victorine se lance. Elle  propose à sa collègue d’aller manger à la cantine, ce que celle-ci accepte aussitôt comme elle accepte toujours beaucoup de choses. Victorine et sa collègue mettent leur manteau, pointent sur leur ordinateur.
Elles sortent de leur bureau. Avant de rejoindre la porte de sortie, elles doivent  passer devant celui de la troisième personne qui ne ferme jamais la porte ou  bien de temps en temps pour s’engueuler au téléphone avec un proche, "Mais je t’avais dit de faire comme ça ! ".  Victorine  redoute ce moment. La troisième personne en les apercevant se contente de leur dire, « A tout à l’heure, bon appétit ! ». Victorine murmure un « Merci » rapide. Sa collègue lui demande , "Tu ne viens pas avec nous ?"

Elle avait posé la question fatale et inévitable, sa collègue aime vraiment tout le monde et Victorine tres peu de gens, ce qui n'est pas une bonne chose en  soi.

Le cœur de Victorine bat à toute allure, elle bout intérieurement. La troisième personne, marmone. "Non, je mangerai plus tard, je te remercie".  A ces mots, Victorine ressent un profond soulagement. Elle peut respirer à nouveau.

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06 janvier 2018

Libérée ? délivrée ?

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La situation durant l'année 2017 n'avait fait qu'empirer, puis était devenue inextricable,  pour en venir à ce dénouement, une explosion en plein vol. Cela a été pénible sur le moment. Etait-ce dû à la violence de ce choc mental ? Lorsque je repris mes esprits, je réalisais que le changement qui en resultait, allait être bénéfique, comment ne pas l'avoir compris tout de suite ? J' allais commencer l'année 2018 délivrée d'un poids insupportable, Aurais-je été atteinte du syndrôme de Stockhölm un bref instant  telle une Natasha Kampusch qui  ne comprendrait pas qu'elle pouvait se sauver de sa cave après  des années  de captivité ? 

Soudain, il me pousse une longue chevelure blonde, je me mets à entonner d'une voix stridente et aiguë : "Libérée, délivrée....!!!! Ne nous emballons pas trop vite, mais je me sens soulagée, comme si  l'on arrêtait  de me donner des coups sur la tête ! L'endroit où s'est produit ce bouleversement n'est pas vraiment un monde utopique, Comme dirait Baudelaire, je ne vais pas retrouver le paradis vert des amours enfantines. C'est un lieu de règles, de contraintes imposées pour une autorité en place avec tout son cortège de compromissions. Cela me rappelle que lorsque j'étais à l'école maternelle, nous étions partis à la mer à Houlgate avec ma classe. Je me réjouissais d'aller nager librement au mileu des vagues libérée de la routine scolaire. Cependant, une fois dans l'eau, les maîtresses nous avaient dit que l'on ne pouvait pas se tremper plus haut que les mollets. J'avais été plutôt déçue, d'autant que le déjeuner du midi était aussi mauvais que celui de la cantine.

Demain, je ne sais pas ce qu'il y aura à la  cantine, mais je reprendrai deux fois des frites !

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Oeuvres picturales réalisées par l'artiste Seth, Belvédère du Parc de Belleville (Paris 20è)

 

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