Les Bavardages de Myrtille Taff

18 novembre 2017

Le souffleur de bulles

paysage derrière vitre de train

 

Un homme sur un quai de gare n’attendait aucun train.
Il  faisait des bulles.
Il soufflait minutieusement sur le petit bout arrondi d’un batônnet
faisant s'envoler des bulles de savon
Il plongeait ensuite le batonnet dans un flacon
pour y puiser d'autres bulles
Il répéta  plusieurs fois l’opération.
Des bulles colorées de plus en plus nombreuses
virevoltaient autour de lui
dans la grisaille de ce quai gare.
Je l’observais intriguée derrière la vitre de mon train
Mon train redémarra lentement,
laissant là sur ce quai de gare
le souffleur de bulles.

 

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15 novembre 2017

Coaching de Hippo et Paulette

figurine d'hippotame et de poule sur toile cirée, motifs chouettes

Coaching Hippo & paulette

10 novembre 2017

Tais toi, ça déborde !

IMG_20171028_120738

 Quelle est donc cette société où l’on nous dit qu’il faut gérer ses émotions comme on gérerait  des placements financiers ! lI faut les maîtriser, les plier en quatre, les ranger bien soigneusement dans une boîte à petits secrets honteux. Des formations nous apprennent même à savoir les contrôler. Il faut étouffer ces expressions de notre humanité, ces émotions qui nous constituent, qui forment notre personnalité. Il faut les détruire avant même qu’elles ne sortent . Comment penser ainsi,  anéantir ce qui fait partie de nous. « Oui mais tu vois, dans un projet ambitieux qu’il faut mener à son terme,  faut garder la tête froide » . Il faut les ignorer, ne pas les écouter, alors qu’au contraire, elles ont leur mot à dire, elles sont signifiantes, elles sont l’alliance du langage du corps et de l’esprit. Elles renseignent sur une situation vécue, elles sont la plus pure  expression de nos pensées profondes quand le discours ne peut plus rien, elle prennent le relai pour alerter, pour relayer. Prendre le temps de s’asseoir, de tout arrêter, d'exprimer ce qui nous paraît intolérable. J’entends bien que pour les décideurs, elles remettent en question tout un processus d’aliénation, d’asservissement. Nous vivons dans un monde où  l’on doit s’exécuter sans bruit, sans broncher, sans cri, sans heurts, sans esprit critique alors que ce sont les oppresseurs qui provoquent ces conflits, qui les font déborder ces émotions quand cette humanité n’est plus entendue, plus reconnue. Quel paradoxe terrible et détestable ! 

Bien sûr tout sacrifier pour mener à bien un projet sexy et rentable, se ranger à l’absurde, même pas, la logique est là, ce n’est pas pour autant qu’on y adhère ! Tout sacrifier aux chiffres du CAC 40, ne plus s’émouvoir, être une machine à penser rentabilité, un rouleau compresseur d’objectifs désincarnés, écraser comme des crêpes ceux qui doivent  appliquer ces consignes sans riposter, corvéables à merci. Heureusement, il y a Elise Lucet remarque, « Elise, tu veux bien parler de mon cas dans Cash investigation »,  je me moque, mais ça a le mérite d’exister.

Pourtant, nous sommes dans une société du sensationnalisme où l’émotionnel est savamment orchestré et mis en scène  dans les journaux télévisés, dans les émissions, les talks chauds bouilants. Le chantage à l’émotion prend le pas sur le sens et la réflexion. L’émotion, oui à condition, qu’elle soit taillée sur mesure et brandie pour servir des intérêts médiatiques.

Mais l’émotion, la vraie, celle que l’on ne contrôle pas par essence, qui jaillit du plus profond de nous mêmes ou de nulle part, qui explose, qui est nôtre, personne n’en veut !
Oui, mes émotions bouillonnent en moi, personne émotive que je suis, elles débordent de partout. Incontrôlables, elles dansent, elles crient, elles rient,  elles pleurent, elles  forment une farandole infernale autour de moi, elle jaillissent comme des jeysers, elles exécutent une  furieuse sarabande, elles débordent, elles sont bruyantes,  elles contrarient, elles rugissent du bruit de la fureur du monde.  Elles s'emballent, elles jurent,  nom de dieu,  de bordel à cul de pipe en bois ! Elles se déversent comme des cascades salutaires, elles irradient, elles rayonnent comme des soleils levants. Elles nous allègent de nos poids nombreux. Je ne les renie pas, je ne les renie plus, celles dont j’ai eu honte si souvent ! Je les laisse vivre en moi, je ne peux pas faire autrement. Je vais continuer à faire ma tragédienne lyrique, ça peut être pénible, c’est vrai…

Cette  célèbre phrase  de Jean Cocteau, (auteur qui ne m’a jamais vraiment convaincu et j'espère qu'elle est de lui ) : « Ce que l’on te reproche, cultive  le , c'est toi », peut paraître fumeuse. En ces temps conformistes  et péremptoires, elle me paraît un bel acte de résistance, ne pas étouffer son originalité , reconnaître sa vulnérabilité et son humanité.

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27 octobre 2017

Fin de mois

lumières colorées sur terrasse de bistrot

 

Même si ce blog est le désert de Gobie à lui tout seul,  je  ne terminerai pas le mois sans ces deux chansons. La première pour célébrer la parole des femmes qui se libère, et le respect légitime qui leur est dû. C'est une chanson poignante d'Anne Sylvestre,  magnifique et terrible, comme un cri étouffé : "Juste une femme"

Toute de justesse sur la rudesse des choses, cette chanson  d'Anis me retourne le bide tout en douceur

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27 septembre 2017

Les parigots du 10e et moi #2

Voici la suite de ma virée dans le 10e arrondissement de Paris : une vraie épopée, une incroyable odyssée mais dont je ne suis pas revenue victorieuse comme Ulysse...J'ai lamentablement échoué au concours  photos,  "dix street" concocté par Fisheye magazine et la mairie du 10e. Qu'à cela ne tienne,  je ne renonce pas, je publie vaille que vaille mes photos dans ces deux articles.

Bord du Canal St-Martin

canal St-Martin, Caserne de pompiers

Point éphémère (Canal Saint-Martin)

Point éphémère (Canal Saint-Martin)

Dessin au sol (place Jean Jaurès, Paris)

Primeur (quartier Louis-Blanc)

Passage recollets (Paris 10e)

Fresque murale

 

(rencontres photographiques du 10eme arr de Paris organisées par la mairie du 10e et l'association fetart à partir du 16 octobre. Cette biennale expose des photographes dans divers lieux du...10e arrondissement)

22 septembre 2017

Les parigots du 10e et moi #1

Incroyable, cette année auront lieu à partirdu 16  octobre, les  rencontres photographiques du 10eme arr de Paris organisées par la mairie du 10e et l'association fetart. Cette biennale expose des photographes dans divers lieux du...10e arrondissement. Et voila t'y pas que pour l'occasion a aussi été  lancé un concours  photos,  "dix street" concocté par Fisheye magazine et re -la mairie. Tout le ponde pouvait participer y compris bibi qui s'y est collée ni une ni deux et...n'a rien remporté du tout. Pourquoi me frotter à l'excellence aussi me direz-vous ? .Le grand gagnant pourra exposer ses oeuvres magnifiques dans une librairie.
J'ai fait ma Myrtille reporter dans tout le 10e ou presque, flanquée de mon balaise garde du corps au cas où un parigot aurait voulu m'en mettre une si je le photographiais de trop près....Le theme du concours portait donc sur l'arrondissement.

Quartier Sainte-Marthe

Fête de Ganesh, (La Chapelle)

Fête de Ganesh (La Chapelle, 10e)

Place de la République

Passants, carrefour (canal St-Martin)

canal St-Martin (croisement)

Terrasse de café (canal St-Martin)

canal st-Martin

un jour pourtant,   j'ai gagné un concours de gâteaux alors que je n'en faisais jamais, de gateaux...Il faut croire que la chance de la débutante, ça marche pas du tout avec la photographie...

16 septembre 2017

Et la licorne, elle met le chocolat dans le papier d'hallus....

dessin de chat à la craie, sur le sol

Juillet :
Dans la torpeur de l’été d’un  sud  éphémère et irréel, lumières et couleurs étincellent. C’est le moment de lire des choses vaguement divertissantes et anecdotiques. Parfois, j’observe  mon chat qui  s’enfonce lentement dans les replis du canapé.  Au gré du vent souple et léger, je regarde à travers les persiennes, les feuilles des arbres se balancer doucement. Je suis plongée dans un roman qui me rappelle des souvenirs d’été chez mes grands parents dans un petit village de Beauce. Je revois les volets clos de leur maison pour garder la fraîcheur, le moment idéal pour faire la sieste et se reposer un peu. Ce livre semble décrire des périodes de mon enfance, cela me remue, indiciblement. Le temps s’arrête,  je n’en ai plus la notion. La chaleur de l’été écrase tout, le passé, le  futur. Comme dans un rêve, je ne saurais dire si je suis dans l'instant présent. Le mémoire est ravivée, des bribes de vie passée me reviennent au coeur.

Marques de mains de couleurs sur le bitume

Les mots filent, sortent de moi comme de mauvaises angoisses,  me vident de mes douleurs, ces mots posés me soulagent, ces phrases coulent spontanément, la sensation de me réapproprier ma vie, le temps de l’écriture. Je calme le bouillonnement, l’agitation de mes pensées,  je les fais entrer dans une toute petite boîte,  je les tasse comme du linge froissé dans cette petite boîte. Je m’apaise,  je me rafraîchis les idées. Pendant ce temps les cigales jouent un drôle d’air de tango au rythme changeant.

Septembre :
C’est étrange comme la beauté peut surgir de nulle part,  inattendue au bout des pieds. Elle peut aussi jaillir d'un  morceau de ciel. Le temps d’une embellie, les rayons d’un soleil éphémère et flamboyant  illuminent  les toits de Paris que j’aperçois depuis ma fenêtre. Les vitres de mon bureau deviennent la frontière entre une réalité terne et un monde de beauté  et de splendeur, qui invite à de belles échappées.

Parfois, je suis bien obligée de redescendre sur terre pour déjeuner ou aller à la supérette minuscule, toujours bondée le midi,  au coin de la rue. Un homme  aux allures de montagnard ou de baroudeur, je ne saurais le dire.... (portant anorak et pantalon ample à grandes poches) y  faisait le queue pour s’acheter un mauvais encas à base devsandwich œufs thon mayonnaise. J’imaginais qu’il avait dû faire une halte forcée dans la grande ville  hostile.  Un rendez-vous important sans doute l’avait contraint à s’arracher à  ses montagnes grandioses, à son air pur des altitudes et à  son vaste  horizon dégagé. La vie est cruelle, vieux rebelle. Tu te retrouves dans un endroit étriqué à attendre ton tour pour manger un médiocre repas de citadin pressé.

Luberron ron ron 066

Le temps d’une éclaircie, les rayons d’un soleil  bas et moins éclatant de fin d’après-midi éclairent les immeubles de mon quartier, m’offrant un dernier instant de poésie sur le chemin du retour, en attendant les prochaines rincées pénibles de ce mois de septembre.

Poisson dessinée à la craie sur le sol

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10 septembre 2017

Mots comptent triple

 

Asphalte, ruei

 Je flotte sur le dos dans un grand ciel tout noir et infini. J’avance lentement. Mes yeux sont écarquillés, mes cheveux dressés sur la tête. Une sorte de boule informe et crevassée me suit de près, elle doit être mon cerveau qui a dû sortir de ma tête. En fond sonore, un bruit sourd continu. En ce vendredi soir,  je suis une forme de plus en plus indistincte. Une boule de feu trône dans mon crâne, alors j’attends que ça s’arrête. Je ne parle plus,  je ne bouge plus. Ma tête s’efface peu à peu. La semaine a été rude. Il comprend, il me laisse sortir seule pour prendre l’air. Je suis dans le même état que celui du héros dans le film, « Eraserhead » de David Lynch. Je n’en connais cependant que le début que j’ai vu à la vidéo à la demande mais je m’identifie à lui totalement.

Je marche dans la rue hagarde mais je respire la fraîcheur de l'air de cette fin du mois d’août Je me sens toujours dans cet état d’apesanteur. Je ne suis plus rien,  je ne ressemble plus à rien. Oui la semaine a été pénible et épuisante. Je venais surtout  de me  prendre une sacrée claque. Josiane, cette snobinarde volubile et lunatique venait de publier son premier roman paru aux éditions de ceux qui aiment raconter leur vie dans tous les sens. Elle avait accompli quelque chose, elle, une œuvre littéraire, qu’elle soit mauvaise ou non. Son livre sortait en pleine rentrée littéraire, la fine mouche, période où l'on aime  faire des découvertes , se nourrir de nouvelles histoires. Sa vie prenait tout son sens, sa vie creatrice prenait vie.

Je ne suis qu'une créature vélléitaire, pleine de bonnes volontés. Ma vie artistique n’est qu’une vie rêvée stagnante, réduite à néant. Plus rien n'a de sens. Mes journées et mes humeurs sont fluctuantes, elles me malmenent au plus haut point. Je ne produis que de piètres billets et des textes vains dans un petit blog obscur et underground par la force des choses. Je m’use la culotte dans un travail usant et peu reconnaissant. Je marche toujours dans la rue, le souffle hâletant et le cœur las à la fois. Je marche derrière une gamine au short ras les fesses, portant un casque sur les oreilles. Je me prends en pleine figure  toute la fumée de sa cigarette qu’elle vient d’exhaler, ce qui me sort de mes considérations vainement artistiques et m'irrite encore plus.

enseigne de bar

L’air est encore doux, j’observe les gens qui vivent et pas moi. Ils marchent, se parlent, rient aux carrefours des rues. Je suis plongée dans la solitude de mes pensées. Je ne vibre plus. Je suis une inadaptée du monde. Perdue, dans le soir qui s’installe,  je voudrais écrire, réinventer un monde qui se dérobe, se défait et défile devant moi. « Refaire le monde » est une jolie expression. Créer d’autres univers  par le pouvoir de  l’imaginaire, la magie de l’écriture lorsqu’on parvient à saisir ce qu’elle recèle de beauté et de merveilles. La vie doit compter triple lorsqu’on achève un roman et que l’on parvient à le publier, comme ces mots jackpot  qui comptent triple au scrabble, (jeu atroce, dernier recours contre l’ennui par temps de pluie incessante.)

Terrassse de café

La nuit descend odorante et poignante sur ma vie ranimant mes souvenirs de paradis perdu estival. Elle ravive la fraîcheur de grands arbres, les parfums des plantations installées ça et là dans les rues par des jardiniers militants voulant refleurir la ville. Je marche,  je continue,  je piétine. Je ne reconnais plus ces rues que j’ai foulé des milliers de fois. Je m’exalte,  je bouillonne, je réinvente ma vie le temps d’un soir que je veux être mon grand soir. Je fais ma révolution intérieure,  je renais, je revis, je veux être moi à l’état pur.

Ce n’est pas gagné pour autant,  je me vois dans le reflet d’une vitre. Je ne ressemble pas à ce que je veux, le ventre en avant, les cheveux en bataille, avec mes lunettes de vieille bolosse égarée, partie en goguette avec toute l’energie du désespoir d’un vendredi soir. Je suis un être décalé et obsolète comme un vieil appareil photo soviétique des années 80.

Je veux chercher la beauté partout, passer des concours à la "Little Miss Sunshine" pour vieilles en littérature, trouver de la poésie dans la grande ville dans chaque recoin de rue , comme dans le beau film, « Paterson » de Jim Jarmush. Oui que l’écriture remplisse mon quotidien, ma vie intensément, pleinement, simplement, pour rien....

Je reviens,  je le prends dans mes bras, je respire son amour.

Point : Vous êtes ici écrit sur le bitume entouré de nos chaussures bleues

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