L'imaginarium de Myrtille Taff

31 octobre 2021

Mais quelle comédie ! (musicale)

Programme : Mais quelle comédie de Serge Bagdassarian et Marina Hands (Comédie-Française)

"La vie n’est pas un panier de fraises !" lance avec panache Jennifer Decker, en mode Lisa Minelli dans « Cabaret » ! (Une réplique empruntée à la pièce de théâtre, « Clôture de l’amour » de Pascal Rambert ?)  En tout cas, le spectacle « Mais quelle comédie ! » illumine votre existence avec délice et drôlerie ! J’en avais grand besoin ! Les comédiens de la  Comédie-Française sont décidément des bienfaiteurs !

Serge Bagdassarian et Marina Hands qui ont conçu le spectacle, en savent quelque chose ! Ils nous ont convié à des réjouissances festives afin de nous sauver de cette crise sanitaire. Cette œuvre s’est créée dans le prolongement du programme en ligne, « La comédie continue » du théâtre afin de maintenir un lien avec le public pendant les confinements. Ils ont puisé dans les archives du théâtre et les parcours de chacun des comédiens. Marina Hands et Serge Bagdassarian ont voulu rendre un hommage touchant à la troupe. Les comédiens y parlent de leur expérience personnelle et professionnelle. Ils ont souhaité que le spectacle prenne la forme d’une comédie musicale et d’un cabaret où tous et chacun se raconte en chanson (Simul et singulis, la devise de la troupe). J’avoue que je n’avais pas toutes les références des numéros musicaux*.
Les numéros collectifs ou individuels sont drôles, flamboyants, festifs, émouvants comme autant de bouquets changeants. L’ouverture comme le dit Serge Bagdassarian en maître de cérémonie est le morceau de bravoure du spectacle ! J'en ai pris plein les yeux : les paillettes des costumes, les couleurs des projecteurs, le décor grandiose réparti sur deux niveaux, le grand escalier central, l’orchestre s’en donnant à cœur joie et les comédiens bien sûr chantant à tue-tête ! Nous assistons  à de jolis moments, comme les chansons émouvantes d'Anne Kessler, le moment de magie de Florence Viala avec son truc en plumes et ses lucioles qui l’accompagnent dans la nuit, un hommage au théâtre de la Licorne. Ce numéro enchanté semblait aussi sorti de l’univers de Valérie Lesort et de Christian Hecq. Et bien d’autres instants rares défilent devant nos yeux éblouis (le récit de l'entrée de Yoann Gasiorowski à la Comédie-Française, Elsa Lepoivre qui multiplie les rôles comme l’exige parfois l’alternance des spectacles à la Comédie-Française, le cri de rage des tueuses interprété par Julie Sicard, Salomé Benchimol (ancienne académicienne que j’ai eu plaisir à retrouver), Florence Viala, Elsa Lepoivre, Sylvia Bergé, Jennifer Decker, etc....)

Mais quelle comédie ! Marina Hands, Serge Bagdassarian

 (Photos de répétitions de Vincent Pontet : in programme de la Comédie-Française : "Mais quelle Comédie !" de Serge Bagdassarian et Marina Hands.)

Ce qui est merveilleux, c’est le plaisir évident que prennent les comédiens à nous divertir. Les chansons sont des remèdes à la vie qui nous submerge souvent comme le chante Noam Morgenszter. On aimerait y croire, enfin on y croit le temps d’une comédie msicale.  Et ce n’est pas parce que j’avais bu une coupe du champagne juste avant. Ce spectacle nous réconforte, nous émerveille, et nous réjouit !.

"Mais quelle comédie !" conçu par et mise en scène de Serge Bagdassarian et Marina Hands, Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 3 janvier 2022.
*La liste des chansons est jointe dans la rubrique du spectacle sur le site

 Voir aussi : spectacles d'octobre

 


20 octobre 2021

Spectacles d'octobre

En automne, les feuilles tombent des arbres, après avoir revêtu les couleurs les plus éclatantes. C’est toute la beauté et le paradoxe de cette saison, tout comme les spectacles que j’ai pu voir en octobre.

 Héritiers* : texte et mise en scène de Nasser DJEMAI : du 24 septembre au 14 octobre 2021 au Théâtre des Quartiers d’Ivry. Publié chez Actes Sud Papiers.
Aller au théâtre a été une expédition. Les fourches caudines de La ligne 7 nous ont compliqué notre itinéraire.  Nous ne savions plus sur quel pied danser, ni quel train prendre. Nous sommes montés dans l’un puis monté dans un autre.  Une fois sortis du métro, nous nous sommes perdus et nous avons cherché désespérément notre chemin sous une pluie battante d’automne. En arrivant enfin au théâtre, nous nous sommes rendus compte nous avions une heure d’avance. Nous n'avions pas vu que le spectacle était à 18 heures et non pas 17 heures. Un bon café dégusté dans l’immense hall du théâtre nous a fait patienter gentiment.

Le théâtre est un voyage à rebondissements tout comme cette pièce s’inscrivant dans une trilogie.  Après « Vertiges », l’histoire de la famille algérienne de l’auteur,  la pièce raconte l’histoire d’une famille née en France dans une maison bourgeoise tombant en ruines au bord d’un lac en pleine campagne. Comme Nadir dans « Vertiges », Julie fait face à un héritage très coûteux. L'entretien de la maison est un gouffre financier.  Elle vit avec sa mère malade, son mari qu’elle veut écarter de ses problèmes financiers. Sa tante, de son côté réclame son dû. La pièce aborde le thème de la transmission d’une génération à une autre, un monde ancien qui s’écroule. Au départ, on assiste à un spectacle à la mise en scène naturaliste. Le décor représente un intérieur bourgeois défraîchi et désuet. Les personnages sont pris dans un quotidien concret, avec des dettes à éponger. Toutefois, le frère de la jeune femme voit la vie comme un film de cinéma, confond réalité et fiction. Peu à peu, il emmène les siens dans son imaginaire. La pièce à l'atmosphère déjà diffuse de conte de fées, bascule dans le fantastique. Les personnages s’adonnent à une folle sarabande. L’univers familier de cette maison sombre dans le chaos. L’onirisme apparaît comme le remède à la situation insupportable du quotidien. Cette atmosphère d’étrangeté nous envoûte  totalement :  entre rêve et cauchemar. Des situations qui envahissent tellement nos vies. Dans des moments difficiles nous aimerions tout bazarder, pour aller faire la fête, quitte à nous brûler les ailes. Un chaos pourtant régénérateur puisque le jeune couple parvient ensuite à prendre une décision salvatrice. Les  personnages et comédiens sont attachants et d’une grande humanité. En assistant à ce spectacle, je me disais que j’aimais être là, au théâtre, embarquée dans un autre univers à l’imaginaire foisonnant, loin du poids des contingences

Héritiers de et mise en scène de Nasser Djemaï

 

Huit heures ne font pas un jour*, mise en scène de Julie DELIQUET : du 29 Septembre au 17 octobre 2021 au TGP – Théâtre Gérard Philipe. Il s'agit de l'adaptation théâtrale de la mini-série du cinéaste et dramaturge Rainer Werner Fassbinder. Elle a été diffusée à la télévision allemande en 1972, mettant en scène des ouvriers. Elle a remporté un énorme succès en Allemagne. Précédemment, j’avais vu la pièce, « 7 minutes » de Stefano Massini, dans la superbe mise en scène de Maëlle Poësy, dans laquelle des ouvrières d’une usine textile font l’expérience difficile du collectif. Dans cette adaptation théâtrale, le collectif y est  joyeux et fructueux même si le spectacle ne fait pas abstraction des difficultés.
Une véritable galerie de personnages, une famille d’ouvriers et leurs collègues réunis dans leur espace de travail, lieu de vie, une usine où  tous rencontrent des difficultés mais savent être solidaires. Ils partagent l’espoir d’une société épanouie tout en se montrant insolents. Il Y est question d’entraide intelligente, de lutte des classes heureuses, de résistance face à une direction aux décisions injustes. Et ça fait un bien fou, de nos jours en octobre 2021, en ces temps de COVID, de crise économique et sanitaire ! Cette famille est solaire, généreuse, engagée. Le quotidien de ces personnages est tellement vivant, souvent drôle. Toutefois, des thèmes graves sont évoqués :  le mépris de classe, la xénophobie ou encore la volonté des femmes de s’émanciper. Les femmes ont un rôle important à jouer. Elles proposent des idées aux ouvriers pour améliorer leurs conditions de travail. L’organisation du travail évolue ensuite vers l’autogestion en usine. Une scénographie vaste et ample sur deux niveaux, représente l’intérieur d’une famille, une usine, une chambre, une salle de banquet de mariage où l’on y mange des pâtes. Le regard de ces jeunes metteuses en femme comme Julie Deliquet balaie les clichés des rapports hommes-femmes et de la vision de la femme. Les comédiens sont emballants. Ils prennent un plaisir évident à jouer ensemble, dans une union bienheureuse. J’étais contente de retrouver notamment Evelyne Didi grande comédienne de théâtre et  Zakariya Gouram jouant un ouvrier et un contremaître. Dans un tout autre registre, je l’avais découvert en chef de Renaud Lepic dans la série, « Fais pas ci, fais pas ça ».  Qu’il est sain et libérateur, ce collectif joyeux ! Je peux témoigner que dans la salle, le public était conquis et enthousiaste, en totale adhésion avec les comédiens.

8 heures ne font pas un jour / Fassbinder, Julie Deliquet

 

Death breath orchestra*, théâtre d’objets et musical, d’Alice Laloy : du 08 au 24 octobre  2021 au Nouveau théâtre de Montreuil.
Des musiciens flanqués de leur mannequin, une sorte de double, survivent à une apocalypse, enfermés dans une pièce (un studio d’enregistrement, comme précisé dans le programme) pour  échapper à une tempête toxique Les personnages tentent de reprendre leur souffle indéfiniment. Ce spectacle, sans texte, fait de bric et broc, de machines et de tuyaux offre parfois des images impressionnantes comme l’irruption d’une tempête. Toutefois, selon moi, il devient vite répétitif par les mêmes actions des personnages. Les musiciens se défendent mieux en tant que musiciens que comédiens. Cela dit, la classe de lycéens présente dans la salle ce soir-là était happée par le spectacle et a applaudi chaleureusement. D’ailleurs, je salue une certaine origninalité, l’absence de texte remplacée par un langage visuel souvent inhérent au théâtre d’objets.
Nous sommes le 20 octobre au moment j'écris ce billet alors, allez vous faire votre propre idée :-)

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Voir aussi  : Mais quelle comédie ! vu en octobre

TOURNÉES 2021/2022

*Héritiers de Nasser Djemaï
Comédie de Colmar - Centre dramatique national Grand Est Alsace :
8 et 9 novembre 2021
Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues:
18 novembre 2021
MC2: Maison de la Culture de Grenoble :
du 14 au 17 décembre 2021 
Théâtre Molière - Sète, Scène nationale archipel de Thau :
7 janvier 2022 
Centre dramatique national de Tours - Théâtre Olympia :
du 12 au 14 janvier 2022 
Le Volcan, Scène nationale du Havre - Mairie de Harfleur :
21 et 22 janvier 2022 
Comédie de Béthune – Centre dramatique national :
du 26 au 28 janvier 2022

*Huit heures ne font pas un jour, d'après R.W Fassbinder, mise en scène de Julie Deliquet
Du 5 au 7 janvier 2022, Domaine d’O, Montpellier
Le 14 janvier, Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge
Du 19 au 23 janvier, Théâtre des Célestins, Lyon
Du 2 au 4 février, MC2 : Grenoble, scène nationale
Les 9 et 10 février, La Coursive, scène nationale de La Rochelle
Du 16 au 18 février, Théâtre de la Cité, centre dramatique national, Toulouse
Les 24 et 25 février, Comédie de Colmar, centre dramatique national Grand Est Alsace
Les 4 et 5 mars, Châteauvallon – Le Liberté, scène nationale, Toulon
Du 10 au 12 mars, Théâtre Joliette, scène conventionnée, Marseille
Les 17 et 18 mars, Théâtre de l’Union, centre dramatique national, Limoges
Du 23 au 25 mars, Comédie, centre dramatique national, Reims
Les 6 et 7 avril, Comédie de Caen, centre dramatique national de Normandie
Partenaires Automne 2022
TnBA, Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine ; Théâtre de Lorient, centre dramatique national (en cours de construction)

*Death breat orchestra d'Alice Laloy
du 8 au 24 octobre 2021 au Nouveau théâtre de Montreuil - CDN 
du 16 au 20 février 2022 au Théâtre de Gennevilliers - CDN
02 et 03 mars 2022 au Tandem scène nationale d'Arras et Douai
22 mars 2022 au Theâtre Jean Arp, Clamart / dans le cadre du Festival Marto

 

06 octobre 2021

Retourner au théâtre : impressions d'une spectatrice éblouie

 Que d'émotions fortes, j'ai ressenti lorsque je suis retournée au théâtre en septembre !  Du rire, de la joie, des larmes, des révélations sur la vie et l'univers. Tous ces spectacles étaient d’une telle intensité, comme si les artistes avaient laissé éclater toute leur créativité, contenue pendant les longs confinements successifs. Par quel bout, prendre tous ces moments uniques et bouleversants ? C'était d'une grande diversité. J'ai été bouleversée par ce besoin des artistes de rattraper le temps perdu, de vivre intensément. Des spectacles de femmes, écrits et mis en scène par des femmes, ont été de vraies grandes claques, réveillant nos consciences endormies. Ces femmes ont abordé le rapport de de l’individu avec son corps, au groupe, au collectif, à l'humanité toute entière, elle même reliée à l'univers. Des sujets allant de l'infiniment petit à l'infiniment grand, en somme.

La pièce "Fraternité : conte fantastique"*, texte et mise en scène de Caroline Guiela Nguyen au théâtre de l'Odéon, a été indéniablement un grand bouleversement, un choc en plein cœur. Je n’arrivais pas à parler à la sortie du spectacle, muette d’émotion. J'ai pleuré dans mon masque pendant une bonne partie du spectacle devant tant de sensibilité. Après la disparition inexpliquée de la moitié de l'humanité pendant une éclipse solaire, les proches se retrouvent dans un centre social de consolation et de réparation pour s'entraider. Chacun enregistre un message vocal à la personne disparue comme une bouteille à la mer. Le plateau est une reconstitution incroyable d' un centre social, à la fois réaliste et intégrant une technologie empruntée à un univers de science-fiction d'une grande poésie. Des écrans vidéo relient l’humanité entre elle et l’humanité avec l’univers. Sur scène, des personnages aux diverses provenances et langues représentent l’humanité toute entière. Les spectateurs vivent avec eux, leur réalité. Pour Caroline Guiela Nuyan, la fraternité est réparatrice, consolent les êtres ayant subi des traumatismes. Cet élan fraternel, comme valeur absolue, dépasse le temps présent, tisse un lien par delà le temps. Pour moi, cette pièce fait vraiment écho à la pandémie ayant provoqué l’immobilisme général, l’isolement, la mort, la précarité. Devoir se remettre de cet état de choc, retrouver enfin ses proches pour les prendre dans ses bras. Le théâtre permet le retour à la vie en vibrant à l’unisson entre spectateurs et comédiens.

Fraternité : un conte fantastique de Caroline Guiela Nguyen

Fraternité : un conte fantastique de Caroline Guiela Nguyen

 

My body is a cage* écrit et mise en scène par Ludmilla Dabo au Théâtre de la Tempête est un spectacle de cabaret, énergique, glamour où il n’est question que de fatigue. J’ai adoré notre entrée dans la salle transformée en salle de discothèque avec boule à facettes et musique endiablée. Je n'avais q'une envie, aller danser sur scène avec les comédiennes. Celles-ci sont toutes vêtues de robes sexy, dorées, à paillettes. Pimpantes, elles se déhanchent, chantent à tue-tête, s’adressent au public, interrogent chacun de nous sur notre fatigue. Ludmilla Dabo voulait créer une sorte de « Magic Circus ». Les comédiennes évoquent leur relation à la fatique, leur manque d’énergie dans une société avide de performance incessante. Ludmilla Dabo se demande aussi pourquoi ce thème est si peu abordé. Ce questionnement m'a beaucoup touché. Nous taisons cette fatique qui s'insinue en nous insidieusement pour dissimuler nos faiblesses. Ludmilla Dabo n'a voulu mettre en scène que des femmes, parce qu’elles sont les premières victimes d’une pression sociale harassante. En effet, ces comédiennes finissent par tombent leurs masques, exprimer leur fragilité et leur vulnérabilité, délaissant leur tenue sophistiquée pour des vêtements plus sobres. Elle sont belles, ces comédiennes, généreuses, drôles, pimpantes, énergiques, livrant leur intimité. On fait corps avec elles, on rit, on pleure avec elles de nos fatigues et de notre lassitude. 

My body is a cage / Ludmilla Dabo

 

7 minutes* de Stefano Massini, traduction de Pietro Pizzuti, mise en scène de Maëlle Poésy au Théâtre du Vieux-Colombier (troupe de la Comédie-Française). Encore une pièce avec que des femmes ! Où va le monde ? Les repreneurs de l'usine textile Picard et Roche, propose aux ouvrières la sauvegarde de leur emploi à la condition que leur pause soit réduite de sept minutes. Ce spectacle a été une vraie claque par sa thématique, l’interprétation remarquable des comédiennes. La pièce aborde les thèmes cruciaux du temps et de la valeur marchande du travail. Derrière la proposition de la nouvelle direction, se profile la volonté d'une plus grande productivité à moindres frais. Dans ce contexte, le spectacle questionne le groupe et son évolution vers le collectif : réfléchir ensemble pour défendre ses conditions de travail. Toute la difficulté réside dans cette concertation. Ce comité de onze femmes doivent voter et décider si elles approuvent ou non la proposition de la direction. Chaque femme a une vision différente, selon sa situation personnelle. La metteuse en scène veut interroger le cheminement vers la résistance et la lutte face à la domination patronale. Le dispositif scénique bi-frontal et immersif plonge le public totalement au cœur de l’action puisqu'il encadre le plateau. Les comédiennes au jeu d’une grande intensité, portent haut et fort les paroles de ces ouvrière sur scène ! Ces femmes dont les combats sont plus invisibilisés que les hommes. D'ailleurs, il est à noter qu'au début de la pièce, les dix femmes de ce comité représentant les deux cents ouvrières de l'usine, attendent la décision d'une direction uniquement composée d'hommes. J’ai été particulièrement impressionnée par Véronique Vella, dans le rôle de Blanche qui transmet la proposition de la direction à ses collègues. Un grand moment de théâtre également qui questionne notre propre rapport au travail !

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Enfin, dans un registre différent, deux autres spectacles au style singulier, m’ont beaucoup plu.

La Mouche* d’après la nouvelle de George Langelaan, mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq au Théâtre des Bouffes du Nord.  C’est la première pièce que j’ai vu en cette rentrée de septembre. Les deux metteurs en scène transposent cette nouvelle dans un univers kitsch, vintage mais aussi rural et précaire. Les personnages principaux sont Robert, un vieux garçon et sa mère Odette vivant dans une caravane. Comme dans le film de Cronenberg, Robert a conçu une machine à téléportation. Il y fait toutes sortes d'expériences plus ou moins réussies. Robert lui aussi va tenter de se téléporter mais une mouche se glisse dans la machine. On assiste à une métamorphose étonnante et effrayante du protagoniste qui se déshumanise peu à peu. Telle une mouche, Robert grimpe le long d'un mur lisse. Son corps est peu à peu recouvert de pustules. La pièce provoque aussi bien le rire, par des situations décalées que la frayeur dûe à ces expérimentations inquiétantes. Le jeu et la métamorphose progressive de Christian Hecq sont impressionnants J’ai beaucoup aimé notamment l’interprétation attachante et réaliste de Christine Murillo. J'aime beaucoup l'univers des deux metteurs en scène alliant marionnettes, machines et effets spéciaux à la fois magiques et artisanaux !

Décor de La Mouche, mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq, Bouffes du Nord, 2021

 A l’occasion de la reprise de ce spectacle, est paru un bel ouvrage de photos faites par Fabrice Robin, portant sur les spectacles de Christian Hecq et Valérie Lesort :

Ouvrage de photos: Jouer de Fabrice Robin. (spectacles de Valérie Lesort et Christian Hecq)

 

Les Démons* d’après Dostoievsky, mise en scène de Guy Cassiers à la Comédie-Française. La belle scénographie au dispositif impressionnant était pour moi un éblouissement même si elle a divisé spectateurs et critique théâtrale. De grands écrans vidéos sont dressés sur scène projetant une société russe en représentation mais qui se délite peu à peu. Ancienne et nouvelle générations s’opposent. L'auteur aborde le thème d'une société russe en proie au nihilisme. Des groupes extrémistes veulent détruire l'ancien monde et tout faire exploser. Le dispositif scénique évolue au fil de l’action de la pièce qui bascule dans le chaos. On assiste à de très beaux tableaux et de belles images de mise en scène. L'interprétation de comédiens est excellente malgré un dispositif scénique qui ne doit pas faciliter leur jeu. Comme toujours, Suliane Brahim est magnifique dans un rôle de femme mystique et perturbée. J'ai été heureuse également de revoir Dominique Blanc sur scène dans un rôle important.

Les démons, d'après Dostoievsky, mise en scène Guy Cassiers, Comédie-Française

Revenir au théâtre a été un retour à la vie, un retour au collectif,  pour les spectateurs comme pour les  comédiens. Et ce n’est qu’un début continuons le combat !

*Fraternité : un conte fantastique : 18 septembre – 17 octobre  2021-  Théâtre de l’Odéon  - Berthier 17e
*My body is a cage :  10 septembre 03 octobre 2021 Théâtre de la Tempête
*7 minutes:  15 septembre au  17 octobre 2021 Théâtre du Vieux-Colombier (Comédie-Française) 
*La mouche : du 7 au 25 septembre 2021 au Théâtre des Bouffes du Nord 
*Les Démons : du 22 septembre 2021 au 16 janvier 2022 Comédie-Française (salle Richelieu) 

27 septembre 2021

Bouffées d'air theatrales

 Fin août, début septembre, ma rentrée théâtrale a pris des allures d'évasions et de folles échappées. J'ai pris un bol d'air en allant voir des spectacles joués en extérieur. Dans le cadre de la manfestation parisienne, "L'Hyperfestival",  j'ai vu, au square Sarah Bernhardt, deux pièces foutragues épinglant le monde de l'entreprise et l'économie ultra-libérale avec la compagnie le Grand colossal théâtre, "Jean-Claude dans le ventre de son fils" et "Batman contre Robespierre". Les comédiens, au jeu clownesquue et burlesque, s'en donnaient à coeur joie et se dépensaient sans compter devant des spectateurs conquis assis sur des tapis de sol. La compagnie avait d'autant plus de mérite qu'elle jouait dans un endroit de fortune, non conçu pour la scène, (sous une sorte de préau) et avec pour tout décor une table et des chaises. Le même jour, ensuite j'ai enchaîné le soir avec le groupe de musiciens, "Le Trioman orchestri"  jouant d'instruments faits de bric et de broc, d'objets de recup', bricolos, écolos dans le jardin coloré, aux herbes folles de la Cité Aubry (20ème) ,

Trioman Orchestri

Le Rond-Point a aussi fait sa rentrée avec son "Rond-point dans le jardin", donnant des spectacles gratuits de plein air...dans le jardin à côté du théâtre. Pour sa soirée d'ouverture, "Le levé de rideau surprise", le théâtre nous a offert un beau programme festif....

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De l'humour avec les perruques de Thomas, une découverte, ce personnage d'attachée de presse de théâtre public... :

Thomas et ses perruques

De la musique avec Tiger Rags, un groupe swing et jazz : 

Tiger Rags

Le public a pu découvrir au fil de déambulations, des magiciens, des acrobates, des danseurs, des circassiens et des jongleurs...

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Une belle soirée, pleine de charme, d'émerveillement, suspendue dans le temps, par un doux soir de fin d'été.
Comme si cela ne suffisait pas le Théâtre Mouffetard a aussi organisé, le temps d'un week end, son festival de marionnettes gratuit, "Troublantes apparences", une sorte de lèche-vitrine marionnettique comme le dit le théâtre. Le public était également convié à une déambulation dans le quartier Mouffetard, faite de surprises, de magie, de burlesque et de rires.

Les Vibrantes glossolalies : une polyphonie de poules ! Hein, Paulette ?

Les Vibrantes glossolalies

L'art du dressage / Mustang étoilé :

L'art du dressage / Mustang étoilé

Après un curieux bestiaire, nous découvrons "Le "vestiaire".  A l’intérieur d’un vestiaire, les spectateurs assistent à une succession de scènes correspondant à la vie d’une athlète

Vestiaire : Troublantes apparences

 Corps (2)/Mue Mélodie Morin.
Une petite forme de cirque, des métamorphoses et des illusions étonnantes. Une comédienne en scène avec un cerceau et vêtu d'un survêtement, se dédouble et crée un être étrange. Etonnant, poétique et émouvant.

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crédits @Dominique Jouxtel

 Polichinelle contre-attaque  !
(Les facéties guignolesques de Polichinelle)

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Un tourbillon de joie théâtrale accessible à tous et à toutes, de l'émotion, des rires partagés entre inconus mais participant aux même festivités !  C'est toujours un miracle pour moi !  Et la gratuité aussi ! Une bouffée d'air artistique !